Quels sont les liens entre énergie et changement climatique ?

Cette concentration anormale de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, due aux activités humaines, provoque un réchauffement de la planète. Entre 1880 et 2012, la température moyenne a déjà augmenté de 0,85° C. Si rien n’est fait pour limiter ces émissions, la température pourrait augmenter de 3,7 à 4,8° C d’ici la fin du 21e siècle.

Si ces chiffres peuvent paraître anecdotiques, les conséquences locales d’un tel réchauffement à l’échelle global sont dramatiques et déjà à l’œuvre : hausse du niveau des mers qui obligerait des centaines millions d’habitants de se déplacer, insécurité alimentaire, événements météorologiques extrêmes (cyclones, canicules, typhons..) de plus en plus fréquents, développement de nouvelles maladies, risques de conflits accrus… Le changement climatique est considéré par beaucoup comme étant un des enjeux les plus importants du 21e siècle.

En effet, se déplacer, se nourrir, se chauffer, ou produire des biens de consommation nécessite de l’énergie. Aujourd’hui, l’énergie que nous consommons provient principalement de sources fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon…), que l’on prélève dans le sous-sol. Celles-ci brûlent très bien mais ce faisant, pour produire de l’énergie, émettent des gaz à effet de serre (comme le CO2) qui restent dans l’atmosphère et qui sont responsables du dérèglement climatique.

L’effet de serre est un phénomène naturel qui régule le climat et qui permet à la terre d’avoir une température habitable. Sans l’effet de serre, la température moyenne à la surface du globe serait de -18° C. Mais depuis les débuts de l’ère industrielle, les activités humaines, qui émettent des gaz à effet de serre en grande quantité, ont modifié la composition de l’atmosphère. En 2010, les émissions annuelles à l’échelle mondiale ont atteint 49 gigatonnes de CO2. Les émissions s’accélèrent :

  • Entre 1970 et 2000, la croissance des émissions était de 1,3 % par an ;
  • Entre 2000 et 2010, cette croissance a atteint 2,2 %

Pour réduire nos émissions, il faut changer de modèle énergétique :

  • réduire nos besoins en énergie, car la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas ;
  • produire l’énergie nécessaire à partir de sources renouvelables.

La transition énergétique correspond au passage d’un système basé sur la production d’énergie issu de sources fossiles et fissiles (charbon, pétrole, gaz, nucléaire) vers des sources renouvelables.

En France, la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale s’élève à 15 %, alors que l’objectif fixé par le gouvernement pour 2020 est de 23 %. L’énergie hydraulique est la première source d’électricité renouvelable (70 %), suivie par l’éolien (18 %)  et le solaire (6 %). Mais le potentiel pour produire plus d’hydroélectricité est limité, la priorité est donc de développer le solaire, l’éolien et la biomasse.

Elles ont donc un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique, d’autant plus qu’en 2050 les deux tiers des habitants de la planète vivront en ville. À Paris, le Plan climat fixe comme objectif 25 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique du territoire.

S’il est difficile pour une ville de produire 100 % de l’électricité qu’elle consomme sur son territoire et de manière renouvelable, Paris dispose néanmoins d’un potentiel de production d’énergie solaire non négligeable.

Ce plan climat est, en 2017, révisé en profondeur pour y inclure des objectifs plus ambitieux. Il visera ainsi probablement à la neutralité carbone en 2050.

Constats 

En Afrique, l’accès à l’énergie est inégal et limité dans un contexte de raréfaction des ressources et de changement climatique.  L’accès à l’énergie est l’une des conditions essentielle du développement car elle conditionne la satisfaction des besoins sociaux de base (eau, nourriture, santé, éducation, etc.). Le continent africain reste cependant à la traîne en matière d’accès à l’énergie, tant dans les zones rurales (où les taux d’électrification sont extrêmement faibles) que dans les zones urbaines, touchées par des problèmes de sécurité de l’approvisionnement.

L’Afrique, qui compte 15% de la population mondiale, ne représente que 5% de la consommation finale d’électricité, et une consommation d’énergie par habitant deux fois inférieure à la moyenne mondiale.

Alors que la lutte contre la pauvreté demeure la priorité absolue pour le continent, celui-ci souffre d’un déficit d’investissement — notamment technologique — qui le condamne bien souvent à l’utilisation des énergies conventionnelles — de la biomasse traditionnelle aux énergies fossiles. Pourtant, le continent africain offre un potentiel d’énergies renouvelables conséquent, et le développement de ces sources d’énergie permettrait :

  • Une autonomisation des énergies fossiles dont le prix va croître régulièrement au cours du 21ème siècle
  • Le développement d’activités économiques offrant des voies de sortie de la pauvreté, car les énergies renouvelables (EnR) offrent un potentiel d’emploi local important
  • Une contribution essentielle aux efforts d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans la perspective d’une division par 2 ou 3 des émissions mondiales d’ici 2050.

La transition vers les énergies renouvelables n’est pas un choix idéologique mais une nécessité face à l’épuisement programmé des énergies fossiles et face au défi immense que représente le changement climatique.

Enjeux

Pour faire face au double défi de l’accès à l’énergie et de la lutte contre le changement climatique, le développement des énergies renouvelables en Afrique sera confronté à trois enjeux majeurs.

Malgré d’importants développements technologiques, les technologies renouvelables demeurent relativement plus coûteuses que les techniques conventionnelles, notamment fossiles. Face à la priorité donnée aux enjeux de développement, et malgré les nombreux avantages dont sont dotées les EnR (emplois locaux, prix orientés à la baisse, réduction de la dépendance aux énergies fossiles), les Etats et les populations africains continuent aujourd’hui à donner la priorité aux énergies fossiles, faute de moyens financiers. Pourtant, en cas de prix élevé du diesel et du gaz, le photovoltaïque est très rapidement compétitif. L’un des enjeux principaux est donc le financement de la transition énergétique africaine, pour permettre aux États comme aux communautés de mettre en place des politiques publiques soutenant le développement des EnR. Cela doit donc être une des composantes essentielles du Fonds Vert pour le Climat adopté à Cancun, et qui prévoit 100 milliards de financements pour la lutte contre le changement climatique à l’horizon 2020.

Le développement des technologies renouvelables implique des savoir-faires nouveaux, aussi bien pour les communautés que pour les entreprises assurant les services énergétiques que dans le domaine de la recherche. Aujourd’hui, les technologies renouvelables sont principalement concentrées entre les mains de quelques acteurs, dans les pays industrialisés et les pays émergents, malgré les expérimentations développées par les acteurs de terrain dans le cadre de projets de développement. La mise en place de mécanismes de transferts de technologies ainsi que le déploiement de stratégies de recherche sur le territoire africain sont donc des conditions sine qua none de l’accès des communautés aux services énergétiques renouvelables.

L’accès de tous aux énergies renouvelables implique une redéfinition de la gouvernance des politiques énergétiques dans les pays africains.  Les ONG et les communautés, qui développent depuis plus d’un demi-siècle des projets innovants dans ce domaines sont en effet les mieux à même de participer à la définition des technologies à mettre en place, dans la mesure où elles connaissent parfaitement les besoins des populations  Aujourd’hui, la gouvernance énergétique reste malheureusement concentrée dans les mains des acteurs institutionnels, et n’encourage pas la mise en place de politiques publiques adaptées, prenant en compte les réalité du terrain.

Solutions: les énergies renouvelables

Éolien. L’éolien présente un fort potentiel dans les pays les moins avancés. Sous des conditions de vent adaptées, il se situe déjà dans la zone de compétitivité des énergies renouvelables. Si les principaux modèles sont adaptés à l’approvisionnement d’un réseau électrique, il existe aussi des formes d’éolienne adaptées à l’électrification rurale. Couplée à d’autre sources d’énergies pour pallier aux intermittences, l’éolien présente un fort potentiel pour l’Afrique. Cette technologie a cependant des coûts d’investissements plus élevés que les énergies fossiles, et nécessite une main d’oeuvre qualifiée, ce qui la rend parfaitement éligible aux différents mécanismes de transfert de technologie.

Méthanisation des déchets. La production de biogaz — obtenue par la fermentation des déchets organiques — représente une forme d’énergie renouvelable adaptée aux besoins des zones rurales et isolées, et sans impact sur l’environnement. La méthanisation permise par les biodigesteurs permet d’accroître l’accès à l’énergie propre pour l’éclairage et la cuisson des aliments et réduit les dépenses des ménages ruraux et péri urbains en bois de chauffe, en charbon et en pétrole. L’effluent ou résidu de bouse (sans le méthane qui s’est échappé sous forme de gaz) est un engrais organique de meilleure qualité que le fumier et le compost ordinairement produit. Il permet ainsi d’accroître la production agricole et de réduire la charge de travail des femmes. Les résultats scolaires sont améliorés grâce à l’éclairage. Les conditions sanitaires sont améliorées car les maladies liées à la fumée et aux odeurs sont diminuées. La productivité animale est améliorée grâce à la stabulation et par une meilleure prise en charge alimentaire et sanitaire du bétail. Enfin, l’implantation des biodigesteurs est une opportunité de création d’emploi dans la zone d’activité.

Solaire photovoltaïque (PV). Le solaire photovoltaïque est une des énergies renouvelables au plus fort potentiel en Afrique avec l’hydroélectricité. En parc au sol, elle est parfaitement adaptée au réseau électrique, mais peut aussi, en complément d’énergies thermiques (ou installée avec des batteries), s’imposer comme une solution d’électrification rurale. Son principal défaut demeure son coût de production, encore plus élevé que les solutions thermiques (gaz, pétrole, charbon), mais ceux-ci sont orientés à la baisse, et le solaire PV devrait être compétitif avec les énergies fossiles d’ici 10 à 15 ans. En outre, l’Afrique ne compte pas d’unité de production de panneaux importante, ce qui la rend dépendante des importations. Le transfert des technologies, aussi bien de production que de mise en oeuvre et de maintenance, est donc fondamental pour réussir la transition énergétique en Afrique.

Mettre en place un cadre normatif et réglementaire favorable aux EnR. Chaque fois que cela est économiquement rentable, il est indispensable que les PMA donnent la priorité aux énergies renouvelables en les mettant au coeur de leur politique énergétique. Déjà, comme l’illustre la carte ci-dessous, certaines énergies renouvelables sont compétitives face aux sources fossiles, et notamment au diesel, très utilisé en zone rurale. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place un cadre normatif et réglementaire favorable aux EnR. Cela revient à donner la priorité aux sources locales d’énergies, qui sont non seulement porteuses de sécurité d’approvisionnement énergétique. Dans le cadre des appels d’offre et des politiques d’électrification, les énergies renouvelables peuvent par exemple être soutenues par l’introduction de critères environnementaux, mais aussi par le développement d’outils économiques comme les tarifs d’achat. Les projets énergétiques étant généralement soutenus dans le cadre des politiques de financement, le rôle des banques de développement et des bailleurs doit être de s’assurer que les surcoûts engendrés par ces projets — dans les zones où les renouvelables ne sont pas compétitives par rapport aux énergies fossiles — ne viennent pas compromettre les objectifs d’accès à l’énergie. À ce niveau, les financements innovants pour le climat doivent jouer un rôle important dans l’accompagnement des stratégies nationales de développement sobre en GES.

Solutions – la redirection des subventions aux fossiles

Il faut supprimer progressivement les subventions à la production des énergies fossiles. Les EnR souffrent aujourd’hui d’un coût bien souvent supérieur aux énergies conventionnelles, qui sont lourdement subventionnées pour la plupart. Les financements publics dédiés au niveau international aux énergies fossiles sont estimés à 500 millions de dollars par an, dont plus de 100 milliards consacrés à la production. Ces subventions, en faussant les règles du jeu économique, freinent la transition énergétique dans les pays les moins avancés. Il est donc souhaitable de mettre fin immédiatement aux subventions à la  production d’énergie fossile, pour réorienter ces masses financières afin de soutenir les énergies renouvelables. Les subventions à la consommation ont quant à elle bien souvent une vocation sociale et permettent aux populations les plus vulnérables d’accéder à quelques services de base énergétique. Cependant, orientée vers les énergies fossiles, elles contribuent à perpétrer un modèle qui inscrit les pays les moins avancés dans une vulnérabilité forte en renforçant la dépendance des citoyens et des entreprises aux sources fossiles.

Pour aller plus loin

En savoir plus sur la situation énergétique en Afrique

Télécharger une présentation sur les Enjeux énergétiques en Afrique

Télécharger nos Recommandations sur l’accès à l’énergie

Lire la Déclaration de Lomé du RC&D

Lire l’article sur énergies renouvelables en Afrique subsaharienne: Mythe ou Réalité? 

Lire l’article sur l’Africa Progress Report et énergie renouvelable

Lire l’article sur Electrifier l’Afrique à quel prix pour les africains et le climat? 

Lire la perspective d’ENDA sur les usages et sauvegardes en matière d’agrocarburants

Consulter la publication 2014 du Réseau Climat & Développement sur Le rôle des énergies renouvelables en Afrique

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Quel est le lien entre énergie et climat ?

L'énergie est la principale source d'émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Or, toutes les activités humaines (transport, chauffage…) reposent sur la consommation d'énergie.

Quel est le rôle de l'énergie dans le réchauffement climatique ?

La première conséquence est la production accrue de CO2 provenant de la combustion du charbon et du mazout afin d'approvisionner le monde en énergie. Ces émissions de CO2 ont une incidence directe sur leschangements climatiques, qui se sont accélérés au cours de la dernière décennie.

Quel est le lien entre le réchauffement climatique et l'énergie produite par les centrales ?

En matière de production, tant les systèmes conventionnels que renouvelables seront touchés par les changements climatiques. Des températures plus élevées peuvent affecter le refroidissement des centrales électriques et réduire l'efficacité des centrales thermiques (nucléaires et fossiles).

Quel est la relation entre l énergie et l'environnement ?

La consommation d'énergie est aujourd'hui une source majeure de pollution et de dégradation de l'environnement : effet de serre et pollution atmosphérique, déchets nucléaires, déforestation dans les pays pauvres... Les ressources fossiles (pétrole, gaz naturel, uranium...)

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